Le forage slim hole : une technique d'exploration à faible empreinte environnementale

L’exploration des ressources souterraines, qu’il s’agisse d’énergie, de minéraux ou de réservoirs géologiques, repose souvent sur une étape de forage préliminaire. Cette phase permet de mieux comprendre le sous-sol avant d’engager des investissements plus importants, mais elle demeure coûteuse et peut entraîner des perturbations sur le terrain, notamment dans les régions reculées ou sensibles.

Dans ce contexte, le forage slim hole offre une approche intermédiaire entre la reconnaissance préliminaire et le forage de plus grande envergure. Son diamètre réduit, ses équipements plus légers et sa logistique simplifiée peuvent contribuer à diminuer les coûts et l’empreinte des opérations. Dans certains contextes d’exploration pétrolière et gazière, des réductions de coûts de 25 à 75 % ont d’ailleurs été documentées par rapport aux méthodes conventionnelles. [2] Cette méthode s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur l’exploration responsable des ressources souterraines.


Qu'est-ce que le forage slim hole ?

Avant d'examiner les bénéfices de cette méthode, il convient de définir précisément de quoi il s'agit et en quoi elle se distingue d'un forage conventionnel. Le terme slim hole, que l’on peut traduire par « puits mince », désigne un forage exploratoire réalisé avec un diamètre final beaucoup plus réduit que celui d’un puits de production standard.

Diamètres caractéristiques et conception technique

Un forage slim hole se distingue d’abord par son diamètre réduit. Il est généralement défini comme un forage dont le diamètre final est inférieur à 6 pouces, soit environ 152 mm. Dans les contextes géothermiques et miniers où le carottage continu est utilisé, les diamètres sont souvent encore plus petits et se situent habituellement entre 3 et 4 pouces. [1]

Cette différence de conception est particulièrement importante lorsque le forage sert à recueillir des données géologiques. Dans plusieurs projets slim hole, le carottage continu permet d’extraire un cylindre de roche intact, appelé carotte, depuis la profondeur jusqu’à la surface. Cette carotte offre un accès direct à la composition des roches, à leurs fractures et à certaines propriétés géologiques, ce qui aide à mieux comprendre les formations traversées.

Un outil d'exploration avant tout

Le rôle premier du slim hole est de recueillir des données géologiques détaillées avant de décider si un puits de production à grand diamètre est justifié. Concrètement, il sert à mesurer les gradients de température, évaluer le potentiel d'un réservoir souterrain et construire un profil géologique de la formation. [1]

L’U.S. Geological Survey (USGS) définit ce type de forage de recherche comme une méthode permettant d’obtenir des informations géologiques à partir de puits, de sondages ou de carottes, afin d’évaluer le potentiel de ressources comme les eaux souterraines, les minéraux ou les hydrocarbures. [6] Dans un contexte d’exploration, les données recueillies peuvent inclure le carottage continu, des images de paroi de forage obtenues par borehole televiewer, des rapports quotidiens, des profils de température à différentes profondeurs, ainsi que des tests de production et d’injection. [1] Le slim hole sert ainsi à réduire l’incertitude géologique et financière avant d’engager des travaux de plus grande envergure.


Avantages économiques et environnementaux

Des économies documentées

L’un des principaux intérêts du forage slim hole réside dans sa capacité à réduire les ressources nécessaires dès les premières étapes d’exploration. En raison de son diamètre plus petit, cette approche mobilise généralement des équipements plus compacts, des équipes plus réduites et des volumes de fluides de forage moins importants. Dans certains contextes d’exploration pétrolière et gazière, ces caractéristiques se sont traduites par des réductions de coûts de 25 à 75 % par rapport aux forages conventionnels. [2] Cette fourchette varie selon les sites, les profondeurs visées et les conditions géologiques, mais elle illustre le potentiel économique de cette méthode lorsqu’elle est utilisée au bon stade d’un projet.

Ces économies s’expliquent par une logistique plus légère à plusieurs niveaux. Les appareils de forage, les équipes, les plateformes de travail et les volumes de fluides requis sont tous réduits par rapport à un forage de plus grand diamètre. Dans les régions éloignées ou difficiles d’accès, la préparation du terrain et la construction de routes peuvent aussi être limitées, notamment grâce à l’utilisation possible de foreuses transportables par hélicoptère. [1] [2] Cet avantage prend une importance particulière dans les projets où l’accès au site représente une part importante des coûts et des contraintes opérationnelles.

Cette logique économique est d’autant plus importante en géothermie, où les coûts de forage peuvent représenter environ 50 % du coût total d’un projet, incluant les puits de production et de réinjection. [9] Réduire les dépenses dès l’étape exploratoire ne garantit pas à lui seul la viabilité d’un projet, mais peut contribuer à mieux gérer les risques financiers avant de passer à des travaux de plus grande envergure.

Une empreinte au sol et un impact environnemental réduits

Les mêmes caractéristiques qui permettent de comprimer les coûts contribuent également à diminuer l'impact environnemental sur le terrain. Des équipements plus compacts, des volumes de fluides moins importants et une logistique allégée peuvent réduire l’espace nécessaire aux opérations. À titre de comparaison, un chantier de forage conventionnel peut nécessiter environ trois acres de superficie active, auxquels s’ajoutent des infrastructures équivalentes à proximité. [4] Le slim hole, en réduisant la taille des équipements, limite d'autant l'emprise au sol.

Cet avantage devient particulièrement pertinent lorsque l’exploration vise des régions éloignées, des milieux sensibles ou des territoires soumis à des exigences réglementaires plus strictes. Dans certains contextes, une empreinte réduite peut constituer un facteur important dans l’évaluation des projets et l’obtention de permis. [1] Les tests de production et d’injection peuvent également être plus simples à gérer avec un slim hole, puisqu’ils mobilisent des volumes de fluides bien inférieurs à ceux d’un forage de plus grande dimension. [1]


Champs d'application du forage slim hole

Le forage slim hole peut être utilisé dans plusieurs contextes où la connaissance du sous-sol joue un rôle central. Son intérêt repose sur une même logique : recueillir des données géologiques utiles, réduire les incertitudes et limiter les moyens nécessaires avant d’envisager des travaux plus importants. Cette approche trouve notamment sa place en géothermie, en exploration minière, dans certains contextes pétroliers et gaziers, ainsi que dans des domaines émergents comme l’hydrogène naturel, où les méthodes d’exploration restent encore en développement.

Géothermie : l'évaluation d'un réservoir

Dans le domaine géothermique, le forage slim hole poursuit deux objectifs principaux. D'abord, confirmer qu'une température commercialement viable est présente à profondeur utile ; ensuite, tester la productivité du réservoir. Ces deux étapes permettent de décider, en connaissance de cause, si l'engagement dans un puits de production complet est justifié. [5]

L’un des avantages importants de cette méthode réside dans la qualité des données obtenues par carottage continu. Contrairement aux déblais de forage, qui sont composés de fragments de roche parfois difficiles à associer précisément à une profondeur donnée, une carotte fournit une coupe beaucoup plus directe de la formation traversée. Elle permet d’observer la composition des roches, leurs altérations, leurs fractures et certaines propriétés mécaniques. Ces données contribuent ensuite à construire une compréhension plus fiable du réservoir géothermique, notamment pour les modèles conceptuels et numériques. [5]

Ce type de forage s'avère d'autant plus utile que les environnements géothermiques sont naturellement exigeants pour les équipements : les formations y sont généralement chaudes (entre 160 °C et plus de 300 °C dans les zones de production), souvent dures (avec une résistance à la compression supérieure à 240 MPa), abrasives, très fracturées et sous-pressurisées, ce qui rend le forage techniquement complexe et coûteux dans tous les cas. [9]

Ce potentiel d'exploration s'inscrit dans une perspective plus large de transition énergétique. Selon le département américain de l’Énergie, l’électricité géothermique produit environ un sixième du CO₂ d’une centrale au gaz naturel, et les centrales géothermiques binaires en circuit fermé émettent essentiellement zéro émission atmosphérique. [3]

Pour aller plus loin :


Exploration minière, hydrogène naturel et hydrocarbures

Au-delà de la géothermie, le forage exploratoire à petit diamètre peut aussi être utile dans d’autres secteurs où les premières décisions reposent sur une meilleure lecture du sous-sol. Selon le contexte, les informations recherchées ne sont pas toujours les mêmes. En exploration minière, l’objectif peut être de reconnaître la nature des roches, appelée lithologie, et d’identifier les zones où des minéraux d’intérêt sont concentrés. Dans le secteur pétrolier et gazier, l’analyse porte souvent sur la stratigraphie, c’est-à-dire l’organisation des couches géologiques, ainsi que sur la délimitation du réservoir. Pour les eaux souterraines, l’enjeu consiste plutôt à évaluer une ressource hydrogéologique, soit la présence, la circulation et le potentiel d’exploitation de l’eau dans les formations souterraines.

  • En exploration minière, le forage de recherche permet d’obtenir des informations géologiques à partir de carottes, afin d’évaluer le potentiel de ressources souterraines comme les minéraux, les eaux souterraines ou les hydrocarbures. [6] Ces carottes permettent notamment d’observer directement la lithologie, les altérations, les fractures et les indices de minéralisation. Elles peuvent aussi conserver une valeur à long terme : lorsqu’elles sont bien cataloguées et conservées, elles peuvent être réexaminées pour de nouvelles analyses et limiter la répétition de forages déjà réalisés. Des travaux de l’USGS sur les collections de carottes montrent d’ailleurs que l’absence d’un catalogage adéquat peut entraîner des duplications coûteuses, même lorsque l’information existe déjà dans des échantillons antérieurs. [7]

  • Dans le secteur pétrolier et gazier, le slim hole a surtout été documenté comme un outil d’exploration permettant de recueillir des données avant d’engager des forages plus importants. Les informations obtenues peuvent aider à préciser la stratigraphie, à mieux comprendre l’organisation du réservoir et à orienter les étapes suivantes du projet. C’est aussi dans ce secteur que les bénéfices économiques du slim hole ont été parmi les premiers à être chiffrés, avec des réductions de coûts d’exploration de 25 à 75 % rapportées par rapport aux méthodes conventionnelles. [2]

  • Pour les eaux souterraines, le forage de recherche peut servir à évaluer le potentiel hydrogéologique d’un secteur. Cette évaluation vise à mieux comprendre la présence d’eau dans les formations souterraines, sa profondeur, sa circulation et les conditions qui pourraient permettre son utilisation. Même lorsqu’un forage n’a pas pour objectif une production immédiate, les données recueillies peuvent appuyer la gestion future de la ressource et éviter des interventions plus lourdes à un stade précoce. [6]

  • Pour les ressources émergentes, comme l’hydrogène naturel, l’intérêt du slim hole repose surtout sur une logique exploratoire. Dans un domaine où les méthodes de prospection et d’évaluation continuent d’évoluer, un forage à petit diamètre pourrait aider à vérifier certains indices, documenter les conditions du réservoir et orienter les travaux futurs avant des investissements plus importants.


Accès aux zones reculées et qualité des données géologiques

Deux atouts supplémentaires méritent d'être soulignés, particulièrement dans le contexte de l'exploration en régions nordiques ou dans des zones difficiles d'accès : la capacité du slim hole à atteindre des terrains autrement peu accessibles, et la richesse des données qu'il permet de recueillir malgré son format compact.

Des zones reculées et sensibles rendues accessibles

Dans les régions nordiques, isolées ou difficiles d’accès, la logistique peut rapidement devenir l’un des principaux obstacles à l’exploration. Le recours à des équipements plus compacts permet de limiter certains travaux préparatoires, notamment la construction d’accès permanents ou l’aménagement de plateformes plus importantes. Dans les cas les plus favorables, l’utilisation de foreuses transportables par hélicoptère peut même réduire la dépendance aux routes d’accès conventionnelles. [1] [2]

Cet avantage est particulièrement pertinent lorsque les zones visées présentent des contraintes environnementales, réglementaires ou opérationnelles importantes. Une approche plus légère ne supprime pas les exigences d’évaluation et de planification, mais elle peut offrir une marge de manœuvre supplémentaire pour explorer des secteurs où les méthodes conventionnelles seraient plus difficiles à mettre en œuvre.

Des données géologiques détaillées malgré un format réduit

Malgré son format réduit, le slim hole fournit un ensemble de données complet et comparable à celui d'un forage de plus grande dimension : carottage continu avec log détaillé, images de téléspectateur de forage, enregistrements des fluides, profils de température à différentes profondeurs, et résultats de tests de production et d'injection. [1]

L'avantage du carottage continu par rapport aux déblais conventionnels est ici déterminant. Là où les fragments de roche d'un forage standard sont mélangés et peuvent provenir de plusieurs profondeurs, la carotte intacte livre une coupe géologique quasi complète de la formation, permettant une caractérisation précise de la lithologie, des altérations, des fractures et des propriétés mécaniques. [5] Cette richesse d'information alimente directement les modèles de réservoir, qu'il s'agisse de géothermie, d'exploration minière ou d'autres ressources souterraines.


Conclusion

Le forage slim hole illustre bien l’évolution des pratiques d’exploration vers des approches plus ciblées, plus légères et mieux adaptées aux contraintes du terrain. En réduisant le diamètre du forage et l’ampleur des opérations, cette méthode permet d’obtenir des informations utiles sur le sous-sol tout en limitant les ressources mobilisées aux premières étapes d’un projet.

Son intérêt devient particulièrement évident lorsque l’exploration se déroule dans des régions éloignées, sensibles ou coûteuses d’accès. Dans ces contextes, le slim hole peut aider à mieux orienter les décisions, à réduire les incertitudes et à réserver les interventions de plus grande envergure aux sites les plus prometteurs. Il s’inscrit ainsi dans une logique d’exploration plus progressive, où la qualité des données et la maîtrise de l’empreinte terrain deviennent des critères essentiels.

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Références

1 Finger, John T., et al. "Steamboat Hills Exploratory Slimhole: Drilling and Testing." Sandia National Laboratories Report SAND94-0551, 1994. U.S. Department of Energy, https://data.nbmg.unr.edu/public/Geothermal/GreyLiterature/Finger_SteamboatHillsSlimhole_1994.pdf.

2 Finger, John T. "Slimhole Drilling for Geothermal Exploration." Geothermal Energy R&D Program: Drilling Technology, Sandia National Laboratories, 1994. U.S. Department of Energy, https://www.osti.gov/servlets/purl/10163778.

3 "Environmental Analysis." Office of Geothermal Technologies, U.S. Department of Energy, 27 mai 2019. https://www.energy.gov/eere/geothermal/environmental-analysis.

4 "Footprint Reduction." Office of Fossil Energy, U.S. Department of Energy, 2016. https://www.energy.gov/sites/prod/files/2016/07/f33/Footprint%20Reduction.pdf.

5 Mackenzie, Ken M., et al. "Use of Deep Slimhole Drilling for Geothermal Exploration." Proceedings, The 5th Indonesia International Geothermal Convention & Exhibition 2017, Jakarta, 2017. International Geothermal Association, https://www.geothermal-energy.org/pdf/IGAstandard/Indonesia/2017/Mackenzie.pdf.

6 "Research Drilling Program." U.S. Geological Survey, https://www.usgs.gov/special-topics/research-drilling-program.

7 Hodges, Mary K.V., et al. Updated Procedures for Using Drill Cores and Cuttings at the Lithologic Core Storage Library, Idaho National Laboratory, Idaho. U.S. Geological Survey Open-File Report 2018-1001 (DOE/ID-22244), 2018. https://pubs.usgs.gov/of/2018/1001/ofr20181001.pdf.

9 Finger, John, and Doug Blankenship. Handbook of Best Practices for Geothermal Drilling. Sandia National Laboratories, SAND2010-6048, 2010. U.S. Department of Energy, https://www1.eere.energy.gov/geothermal/pdfs/drillinghandbook.pdf.

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