Quels éléments de terres rares ont le plus de valeur économique aujourd'hui ?

Les terres rares occupent une place de plus en plus importante dans l’économie mondiale. On les retrouve dans les véhicules électriques, les éoliennes, les smartphones, les systèmes de défense et une multitude de technologies avancées devenues essentielles à la transition énergétique. Pourtant, malgré leur nom, leur importance ne tient pas uniquement à leur rareté géologique, mais surtout aux propriétés uniques qu’elles apportent à certains matériaux de haute performance.

Derrière l’expression « terres rares » se cache en réalité une famille de 17 éléments chimiques aux usages, aux marchés et aux valeurs très différents. Certains sont abondants et relativement peu coûteux, tandis que d’autres font face à des tensions d’approvisionnement croissantes et suscitent un intérêt stratégique majeur de la part des industries et des gouvernements. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande mondiale pour les terres rares utilisées dans les aimants permanents a presque doublé depuis 2015 et continue de croître rapidement [2].


L'usage stratégique des REEs

Avant d'examiner chaque élément individuellement, il est essentiel de comprendre pourquoi les aimants permanents constituent le principal vecteur de valeur économique dans la filière des terres rares. Les aimants représentent la première utilisation mondiale de ces matériaux, absorbant 47,6 % de la demande globale [5].

Au cœur de cette dynamique se trouvent les aimants NdFeB, composés de néodyme, de fer et de bore. Ce sont les aimants permanents commercialement les plus puissants au monde, et ils équipent une gamme croissante d'applications :

  • Les moteurs de véhicules électriques, où leur rapport puissance/poids est supérieur à celui de tout autre type d'aimant disponible sur le marché.

  • Les génératrices d'éoliennes offshore, qui requièrent des aimants capables de fonctionner dans des conditions de vent variables et de maintenir une haute efficacité énergétique.

  • Les robots industriels, centres de données alimentés par l'IA et systèmes de défense, où les performances des aimants influencent directement la fiabilité et la consommation énergétique des équipements.

Cette demande est en forte croissance : la part des technologies propres dans la consommation totale de terres rares est passée de 8 % en 2015 à plus de 20 % en 2024 [2]. C'est dans ce contexte que les éléments magnétiques — néodyme, praséodyme, dysprosium et terbium — ont acquis une importance économique sans précédent.

source: IEA


Quelles terres rares ont le plus de valeur économique ?

Les éléments les plus convoités du marché

Néodyme (Nd)

Prix moyen 2025 : ~73 $/kg (oxyde) [1]

Principaux secteurs d'usage : Moteurs de véhicules électriques, génératrices d'éoliennes offshore, électronique grand public, robotique.

Le néodyme est un métal argenté appartenant au groupe des lanthanides. En tant que composant principal des aimants NdFeB, il est à la base de la quasi-totalité des moteurs à haut rendement utilisés dans les VE et les éoliennes. Sa demande est directement corrélée à l'accélération de la transition énergétique mondiale.

Ainsi, depuis 2015, la consommation globale de terres rares magnétiques — dont le Nd est le plus abondant — a doublé pour dépasser 90 000 tonnes en 2024 [2]. La part des moteurs de VE dans la demande totale de terres rares magnétiques devrait par ailleurs passer de 9 % en 2024 à 22 % en 2050, selon le scénario de référence de l'AIE (STEPS) [2]. Sur un horizon encore plus long, certaines analyses scientifiques citées par l'AIE projettent une croissance de la demande en néodyme pour les aimants permanents entre 4 et 7 fois par rapport aux niveaux actuels d'ici la fin de la période de transition énergétique [8].

Praséodyme (Pr)

Prix moyen 2025 : ~74 $/kg (oxyde Pr, 99,99 %) / ~69 $/kg (oxyde mixte NdPr) [1]

Principaux secteurs d'usage : Aimants haute performance pour moteurs industriels et aéronautiques, visières de protection spécialisées.

Le praséodyme est fréquemment extrait et commercialisé conjointement avec le néodyme, sous la forme de l'oxyde mixte NdPr, qui constitue la norme commerciale du secteur à environ 69 $/kg en 2025 [1]. Cette co-production reflète la proximité géochimique des deux éléments dans les gisements.

Ses propriétés magnétiques en font un substitut ou un complément au néodyme dans de nombreuses applications haute performance. Cela lui confère une exposition directe à la même dynamique de demande : la consommation de terres rares liée aux technologies propres, dont l'oxyde NdPr est une composante majeure, est passée de 11 000 tonnes en 2021 à 19 000 tonnes en 2024, avec une projection à 38 000 tonnes en 2030 [2].

Dysprosium (Dy)

Prix moyen 2026 :~221.48 USD/KG [9]

Principaux secteurs d'usage : Additif dans les aimants NdFeB hautes températures, moteurs de VE, génératrices d'éoliennes.

Le dysprosium est une terre rare lourde dont le rôle peut sembler modeste en volume — il est incorporé à seulement 2 à 5 % dans les aimants NdFeB — mais il est en réalité indispensable à leur fonctionnement en environnement difficile. En améliorant la résistance thermique des aimants, il les rend utilisables dans des conditions à haute température comme celles des moteurs de véhicules électriques, ou dans les génératrices d'éoliennes en mer [7]. Sans cet additif, les aimants NdFeB perdraient une partie significative de leur performance dans ces applications critiques.

Sa valeur économique est donc étroitement liée à son caractère difficilement substituable. La majeure partie de la demande mondiale en dysprosium est liée à la fabrication d’aimants permanents [2]. L'Europe et l'Amérique du Nord représentaient ensemble entre 20 et 35 % de cette demande pour les principaux éléments magnétiques, dont le dysprosium [2].

Terbium (Tb)

Prix moyen 2026 :‍ ‍~965.1 USD/KG [9]

Demande 2024 : 0,6 kt [2]

Principaux secteurs d'usage : Additif pour aimants NdFeB haute performance, phosphores pour écrans et éclairage, verres magnéto-optiques.

Le terbium est, à l'instar du dysprosium, une terre rare lourde utilisée comme additif dans les aimants NdFeB pour accroître encore davantage leur stabilité thermique et leur performance dans des conditions extrêmes. Il peut être utilisé conjointement avec le dysprosium ou en substitut partiel selon les spécifications techniques requises.



Les autres terres rares stratégiques : Sm, Eu, Gd, Ce, La, Y et Sc

Samarium (Sm)

Prix moyen 2026 :~9.95 USD $/kg (oxyde) [9]

Demande 2024 : 1,6 kt [2]

Principaux secteurs d'usage : Aimants samarium-cobalt (SmCo) pour l'aérospatial et la défense, céramiques, phosphores.

Bien que son prix unitaire soit nettement inférieur à celui des terres rares magnétiques comme le néodyme, le samarium occupe une niche stratégique difficile à combler. Les aimants SmCo sont en effet privilégiés dans les environnements à très haute température ou dans des applications militaires où les aimants NdFeB atteignent leurs limites de performance. Ces secteurs — notamment l'aérospatial et la défense — ne tolèrent pas les compromis techniques, ce qui confère au samarium une valeur d'usage supérieure à ce que son prix unitaire laisse paraître.

Europium (Eu)

Prix moyen 2025 : ~27 $/kg (oxyde) [1]

Principaux secteurs d'usage : Phosphores pour écrans de télévision et éclairage LED, lasers, verres optiques.

L'europium est un bon exemple du fait que la valeur économique d'une terre rare ne découle pas uniquement de sa rareté géologique, mais de sa fonctionnalité précise dans des applications spécifiques. Son rôle dans les phosphores lui confère une valeur industrielle bien supérieure à sa disponibilité relative dans la nature [7]. Concrètement, cet élément est responsable de la composante rouge dans les affichages à couleurs trichrome.

Gadolinium (Gd)

Prix moyen 2025 : ~30 $/kg (oxyde 99,99 %) [1]

Demande 2024 : 4,0 kt [2]

Principaux secteurs d'usage : Agent de contraste pour l'imagerie par résonance magnétique (IRM), verre optique, fibres optiques, acier spécial.

Le gadolinium présente un profil d'usage particulièrement diversifié. Sa principale application médicale, en tant qu'agent de contraste dans les IRM, est difficile à substituer à court terme, notamment dans les établissements de santé des pays en développement où l'adoption de cet équipement est en forte croissance. Cette demande médicale représente un plancher de consommation relativement stable, indépendant des cycles de la transition énergétique.

Cérium (Ce)

Prix moyen 2025 : ~1,71 $/kg (oxyde) [1]

Principaux secteurs d'usage : Poudre de polissage pour verre et semi-conducteurs, catalyseurs pour le raffinage pétrolier, additifs pour verre automobile.

Le cérium est la terre rare la plus abondante et la moins coûteuse, son usage principal étant le polissage du verre [7]. Sa faible valeur unitaire contraste toutefois avec son omniprésence industrielle : il représente souvent la fraction majoritaire d'un gisement de terres rares, ce qui pose un défi de valorisation lors de l'extraction. En d'autres termes, les exploitants miniers se retrouvent fréquemment avec d'importantes quantités de cérium à écouler sur un marché aux prix peu élevés, ce qui affecte l'économie globale des projets.

Lanthane (La)

Prix moyen 2025 : ~1,00 $/kg (oxyde) [1]

Principaux secteurs d'usage : Catalyseurs pour moteurs à essence, batteries nickel-métal hydrure (NiMH), verres optiques haute qualité.

À l'instar du cérium, le lanthane se distingue par l'ampleur de ses volumes plutôt que par son prix unitaire. Il entre notamment dans la composition des catalyseurs utilisés à grande échelle dans le raffinage pétrolier et les moteurs à essence [7], une application industrielle massive qui génère une demande continue.

Son importance stratégique est aussi reconnue à l'échelle gouvernementale : le gouvernement américain planifiait, pour l'exercice 2025, une acquisition stratégique de 1 100 tonnes de lanthane pour ses réserves nationales [1]. Cela illustre bien que même une terre rare peu valorisée en bourse peut représenter un enjeu de sécurité industrielle.

Yttrium (Y)

Prix moyen 2026 :32.24 USD/Kg [9]

Demande 2024 : 6,2 kt [2]

Principaux secteurs d'usage : Phosphores pour écrans et LEDs, céramiques haute température, verres laser, alliages métalliques.

L’yttrium est souvent associé aux terres rares, même s’il n’appartient pas directement à la famille des lanthanides. Cette classification s’explique par ses propriétés chimiques similaires et sa présence fréquente dans les mêmes gisements. Il joue un rôle important dans plusieurs applications technologiques spécialisées, notamment les céramiques haute température, les verres laser et certains phosphores utilisés dans les écrans et l’éclairage avancé.

Scandium (Sc)

Marché mondial :USD 667.0 Million [9]

Prix moyen 2025 (Sc) :~1 200 $/kg [10]

Principaux secteurs d'usage : Alliages aluminium-scandium pour l'aérospatial, électrodes pour piles à combustible à oxyde solide.

Comme l’yttrium, le scandium est techniquement distinct des 15 lanthanides, mais il est généralement inclus dans la catégorie des terres rares par convention industrielle. Son marché est petit en volume, mais sa valeur stratégique est élevée en raison des propriétés avancées qu’il confère aux alliages aluminium-scandium, particulièrement recherchés dans l’aérospatial et certaines technologies énergétiques de pointe. Le scandium figure également dans la liste des 60 minéraux critiques de l’USGS (2025) [4].


Des ressources aux valeurs contrastées

Cet aperçu met en évidence une réalité centrale du marché des terres rares : leur valeur ne se répartit pas de manière homogène entre les différents éléments du groupe. Une poignée d’éléments, notamment ceux utilisés dans les aimants permanents, concentre aujourd’hui l’essentiel de la demande et joue un rôle déterminant dans les chaînes de valeur de la transition énergétique. Cette dynamique est directement liée à l’essor des technologies bas carbone, en particulier les véhicules électriques et l’éolien, qui devraient continuer à soutenir la croissance du marché dans les prochaines années [2].

Pour autant, les terres rares dites « moins critiques », telles que le cérium ou le lanthane, demeurent essentielles au fonctionnement de nombreux procédés industriels. Bien que plus abondantes et moins coûteuses à l’unité, elles interviennent à grande échelle dans des chaînes de production souvent invisibles, mais indispensables aux technologies modernes.

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Références

  1. International Energy Agency. Global Critical Minerals Outlook 2025. IEA, 2025. https://iea.blob.core.windows.net/assets/ef5e9b70-3374-4caa-ba9d-19c72253bfc4/GlobalCriticalMineralsOutlook2025.pdf.

  2. Ressources naturelles Canada. "Faits sur les éléments des terres rares." Gouvernement du Canada, oct. 2024. https://ressources-naturelles.canada.ca/mineraux-exploitation-miniere/donnees-statistiques-analyses-exploitation-miniere/faits-mineraux-metaux/faits-elements-terres-rares.

  3. U.S. Geological Survey. "Rare Earths." Mineral Commodity Summaries 2026, U.S. Geological Survey, févr. 2026. https://pubs.usgs.gov/periodicals/mcs2026/mcs2026-rare-earths.pdf.

  4. Ghorbani, Y., Ilankoon, I. M. S. K., Dushyantha, N., et Nwaila, G. T. "Rare Earth Permanent Magnets for the Green Energy Transition: Bottlenecks, Current Developments and Cleaner Production Solutions." Resources, Conservation and Recycling, vol. 212, 2025, article 107966. Elsevier. https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0921344924005573.

  5. IMARC Group, 2026. https://www.imarcgroup.com

  6. AFP. "Les terres rares en questions : des métaux indispensables à l'économie de demain." Connaissance des Énergies, 2 févr. 2025. https://www.connaissancedesenergies.org/afp/les-terres-rares-en-questions-des-metaux-indispensables-leconomie-de-demain-250203.

  7. https://pubs.usgs.gov/periodicals/mcs2025/mcs2025-scandium.pdf

  8. U.S. Geological Survey. "2025 List of Critical Minerals." USGS, nov. 2025. https://www.usgs.gov/media/images/2025-list-critical-minerals.


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