1er avril 2008 – 1er avril 2026 : dix-huit ans plus tard, quel bilan énergétique pour le Québec?

Le 1er avril 2008 demeure une date marquante, tant pour le Québec que pour Ressources & Énergie Squatex Inc.(Squatex). Ce jour-là, la société Forest Oil annonçait une découverte importante de gaz naturel dans les shales d’Utica, situés dans les Basses-Terres du Saint-Laurent [1]. Cette annonce a contribué à transformer la perception du potentiel énergétique du territoire québécois et à ouvrir un débat structurant sur la place des ressources locales dans l’avenir énergétique de la province.

Au-delà du fait d’actualité, cet événement a marqué un point de bascule dans la réflexion stratégique de nombreux acteurs du secteur. Pour Squatex, cet événement a représenté un tournant déterminant. Il a contribué à redéfinir la vision de l'entreprise et à orienter son positionnement dans une industrie en pleine évolution.

Dix-huit ans plus tard, il apparaît pertinent de s’arrêter sur ce que cette période a réellement signifié pour le Québec, tant sur le plan énergétique qu’économique.

Des choix structurants et un paradoxe persistant

À la suite de la découverte de 2008, une phase active d’exploration s’est amorcée dans le bassin des shales d’Utica, portée par un fort intérêt des marchés et des investisseurs. Cette dynamique a toutefois été rapidement freinée par une opposition citoyenne croissante, qui a progressivement influencé les orientations politiques et contribué à mettre un terme à l’exploitation locale des ressources du sous-sol québécois.

Dans ce contexte, un moratoire sur l’exploration du gaz de schiste dans les Basses-Terres du Saint-Laurent a été instauré en 2013 [4]. Près d’une décennie plus tard, le 12 avril 2022, l'Assemblée nationale a franchi une étape supplémentaire en adoptant le projet de loi 21, qui interdit toute exploration et exploitation des hydrocarbures sur l'ensemble du territoire québécois [5].

Ces décisions ont créé une situation paradoxale : le Québec a limité sa capacité à développer ses ressources locales, tout en maintenant une consommation soutenue d’hydrocarbures importés.

Une dépendance qui persiste

Malgré les transformations du secteur énergétique, un constat demeure : le Québec continue de dépendre largement des hydrocarbures pour répondre à ses besoins, notamment dans les secteurs du transport, de l’industrie et du chauffage. La différence, c’est qu’au lieu d’en produire localement, ces ressources sont toujours majoritairement importées.

Les données publiques illustrent l’ampleur de cette dépendance. En 2024, le Québec a importé 4,664 milliards de dollars de pétrole brut, plus de 1,35 milliard de dollars d’essence et près de 1 milliard de dollars de carburant d’aviation, sans compter d’autres produits pétroliers raffinés [2]. À elle seule, la consommation d’essence représente environ 10 milliards de dollars par année [3].

Ces flux représentent des sommes considérables qui bénéficient à des marchés externes. À cela s’ajoute le gaz naturel, dont une part de l’approvisionnement transite par des échanges interprovinciaux et qui représente des dépenses annuelles de l’ordre d’un milliard de dollars. Sur un horizon de près de deux décennies, ces importations correspondent à un ordre de grandeur cumulatif estimé entre 180 et 220 milliards de dollars quittant l’économie québécoise.

Une transition énergétique complexe

En parallèle à ces décisions, le Québec a multiplié les investissements publics pour soutenir la transition énergétique, notamment dans le développement de projets éoliens. Si ces initiatives répondent à des objectifs légitimes, leur déploiement suscite néanmoins des réactions variées sur le terrain.

Des préoccupations sont exprimées par certains acteurs du milieu agricole quant à l’utilisation des terres, tandis que plusieurs communautés des Premières Nations adoptent des positions nuancées selon les projets. Ces réalités mettent en évidence la multiplicité des enjeux à concilier et la nécessité d’une approche concertée et cohérente. Le débat, loin de se simplifier, se complexifie.

Certains projets industriels récents illustrent également les défis associés à ces investissements, où les retombées économiques et technologiques ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. Le cas Northvolt en est un exemple : Québec avait annoncé un soutien pouvant atteindre 2,9 milliards de dollars et a ensuite reconnu avoir engagé 510 millions, dont 270 millions déjà perdus sur son investissement dans la société mère [6].

Le projet Recyclage Carbone Varennes (RCV), lié à la production de carburants et de méthanol à faible empreinte carbone, illustre, lui aussi, les dangers d’une transition énergétique pilotée à grands coups d’argent public sans garantie de résultat. En 2025, il était rapporté qu'environ 530 millions de dollars publics avaient déjà été décaissés dans ce projet, auxquels s'ajoutait un financement intérimaire additionnel, pour un projet qui s'est finalement retrouvé en situation d'insolvabilité [7].

Le modèle norvégien : une voie différente

Pour mieux comprendre les choix qui s’offraient au Québec, il est pertinent de se tourner vers l’exemple de la Norvège. À la suite de la découverte de ses ressources pétrolières à la fin des années 1960, ce pays a adopté une approche structurée visant à encadrer leur développement et à en gérer les revenus de manière durable.

Son fonds souverain, le Government Pension Fund Global, représente aujourd’hui plus de 2 100 milliards de dollars américains [8]. Il contribue à financer près de 20 % du budget national norvégien [9], permettant à ce pays de maintenir un niveau de dépenses publiques qui figure parmi les plus élevés au sein de l'OCDE.

Au-delà de sa portée économique, ce modèle se distingue par sa capacité à réinvestir les revenus issus des ressources naturelles dans une vision à long terme. Chaque année, une part du capital est consacrée à des initiatives liées à la transition énergétique, illustrant une volonté de concilier développement des ressources et objectifs environnementaux.

Bien que ce modèle ne soit pas directement transposable au contexte québécois, il démontre qu’il est possible de concilier développement économique, gestion responsable des ressources et planification à long terme. Une approche intégrée que le Québec n’a, jusqu’à présent, que partiellement explorée. Il met également en lumière les retombées potentielles qu’une telle stratégie peut générer, notamment en matière d’emplois spécialisés, de rétention des capitaux et de capacité d’investissement public.

Vers une réflexion renouvelée

Dix-huit ans après l’annonce de 2008, le débat énergétique au Québec évolue. Dans un contexte économique et géopolitique en transformation, certaines voix appellent à réexaminer les orientations actuelles.

L’intérêt exprimé par Mme Christine Fréchette, ancienne ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie et candidate à la direction de la CAQ, à réévaluer certaines avenues liées à l’exploration du gaz naturel témoigne d’une volonté de rouvrir le dialogue, dans une perspective adaptée aux réalités contemporaines [10].

Ce contexte ouvre la voie à une réflexion renouvelée sur la manière de concilier indépendance énergétique, développement économique et transition environnementale, dans un contexte mondial où les conflits et les incertitudes géopolitiques redéfinissent les enjeux d'approvisionnement en énergie.

L’évolution de Squatex

Pour Squatex, ce bilan représente à la fois un constat et un point de départ. Après plus de 20 ans consacrés à l’exploration géologique du sous-sol québécois, l’entreprise a vu ses permis révoqués en 2022, dans le contexte de l’adoption du projet de loi 21 [5], mettant un terme à des travaux amorcés de longue date.

Plutôt que de se replier, Squatex a choisi de se réorienter vers des secteurs d’avenir, notamment l’hydrogène naturel, les minéraux critiques et les technologies de forage carboneutre, en continuité avec son expertise. Ce repositionnement reflète une volonté d’adapter un savoir-faire éprouvé aux réalités énergétiques actuelles, dans une approche pragmatique axée sur des solutions durables.

Le Québec dispose d’un potentiel géologique important, encore largement sous-exploré. La question est désormais de savoir comment le développer de manière responsable, avec des outils modernes et une vision à long terme.

Le 1er avril 2008 laissait entrevoir un autre avenir énergétique. Le 1er avril 2026 invite à se poser une question simple : après 18 ans de dépendance, de contraintes et d'investissements majeurs, quelle trajectoire le Québec souhaite-t-il désormais emprunter?


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Jean-Claude Caron

Président

Ressources & Énergie Squatex Inc.

Caron Technologies International Inc


Références

[1] “Quebec Gas Find, East Texas Add Spur Forest Oil.” Natural Gas Intelligence, 2008. https://naturalgasintel.com/news/quebec-gas-find-east-texas-add-spur-forest-oil/

[2] Institut de la statistique du Québec. “Produits importés à partir des dix principaux partenaires, Québec, 2024.” Statistique Québec, 2024. https://statistique.quebec.ca/fr/produit/tableau/produits-importes-dix-principaux-partenaires-quebec-2024

[3] Shields, Alexandre. “Décarbonation : le Québec perd 10 milliards par année en essence.” Le Devoir, 24 mars 2026. https://www.ledevoir.com/economie/966486/quebec-perd-10-milliards-annee-essence

[4] Gouvernement du Canada. “Quebec's Shale and Tight Resources.” Ressources naturelles Canada, 2025. https://natural-resources.canada.ca/energy-sources/fossil-fuels/quebes-shale-tight-resources

[5] Assemblée nationale du Québec. “Projet de loi no 21 — Loi visant principalement à mettre fin à la recherche et à la production d'hydrocarbures.” LQ 2022, chap. 10, 2022. https://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-21-42-2.html

[6] Gouvernement du Québec. “Québec met fin au projet avec Northvolt.” Québec.ca, 2 septembre 2025. https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/quebec-met-fin-au-projet-avec-northvolt-64856

[7] Shields, Alexandre. “Près de 568 millions d'argent public perdus avec Recyclage Carbone Varennes.” Le Devoir, 29 septembre 2025. https://www.ledevoir.com/economie/921108/pres-568-millions-argent-public-perdus-recyclage-carbone-varennes

[8] Norges Bank Investment Management. “The Fund’s Value.” NBIM, 2026. https://www.nbim.no/en/investments/the-funds-value/

[9] Norges Bank Investment Management. “About the Fund.” NBIM, 2026. https://www.nbim.no/en/about-us/about-the-fund/

[10] Mercier-Roy, Laurent. “Et si la guerre au Moyen-Orient relançait les gaz de schiste au Québec?” ICI Radio-Canada, 25 mars 2026. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2239976/gaz-schiste-quebec-christine-frechette-guerre

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